Hélène Majera
Artiste

« Rien à voir avec l’exposition qu’on venait de quitter près du Père-Lachaise, des mono-chromes rouges et noirs de plusieurs mètres de haut peints comme autant d’énormes miroirs plantés là pour que chacun ne puisse plus rien voir d’autre que son rouge et son noir, la part gonflée de sang et d’obscurité comble, rongée de peur et d’effroyables désirs, effroyablement comprimés que tous nous contenions tous et que l’artiste, une femme d’origine grecque au nom doublement grec d’Hélène Majera, avait peints et repeints pour nous tenter sans doute, nous faire pâlir avec. Chaque toile massive, violente, jetée là plus qu’exposée, était différente de la précédente et la suivante, quoique de la même couleur, si bien que toutes renvoyaient des reflets particuliers de celui qui les regardait et formaient au final une galerie complète. Chaque nuance de noir et de rouge en nous était représentée. Diabolique ! Et pourtant. Il ne s’agissait que de toiles s’arrêtant au châssis. Ce n’était que de l’art ; on pouvait le voir en toute tranquillité, s’en détacher, l’acheter même. »

par Dominique Sigaud, écrivain, « De chape et de plomb » roman, chapitre I, Editions Gallimard 2003.